« Ce ne sont pas les regards d’autrefois qu’on redoute, c’est le reflet qu’ils nous renvoient aujourd’hui. Qui peut se croire à la hauteur des espoirs qu’on a jadis placé en lui ? On se dit : malgré les apparences, je suis resté le même ? Et alors ? Il n’est pas nécessaire de changer pour se trahir. » – Le principe de Pauline, Didier Van Cauwelaert
L’année 2023 fut encore une petite année lecture pour moi, avec « seulement » 24 livres lus. Je mets des guillemets car cela fait quand même deux livres par mois, ce qui n’est pas si mal au vu du tourbillon que fut cette année. Etonnamment, j’ai pas mal lu à Montréal, la lecture redevenant alors pour moi une fenêtre d’évasion dans un quotidien bien dense… J’ai toujours plus lu dans ma routine qu’en voyage ! J’ai eu du mal à ne choisir que dix titres, et je vous partage donc ci-dessous mes douze plus belles découvertes de l’année, classées par ordre inversé (mon livre préféré est le dernier… suspense suspense !). N’hésitez pas à partager vos coups de cœur 2023 en commentaires, je suis toujours preneuse d’idées lecture 🙂
12) Arthur Leclair, projectionniste ambulant, de Richard Vallerand et Normand Grégoire
Ce roman graphique raconte les débuts du cinéma au Québec au travers de la vie d’Arthur Leclair, qui sillonne les routes québécoises pour proposer des « vues » animées de ville en ville. On suit le développement des techniques de projection et du cinéma, l’opposition du clergé à cette nouveauté, et puis l’histoire d’amour d’Arthur avec Yolande, qui deviendra son épouse. J’ai aimé découvrir cette tranche d’histoire québécoise, ainsi que le graphisme sépia, délicat et élégant.
11) L’essentiel, de Laurent Bonneau
Une jolie découverte que cet album, dans lequel Laurent Bonneau met en parallèle l’amour qu’il voue à sa compagne et à leur enfant avec la perte de liberté des détenus auxquels il va régulièrement rendre visite. Il n’y a pas vraiment d’histoire, simplement des bribes de récits, des éclats d’instant, avec un dessin plein de grâce et souvent touchant. Une lecture poétique et bien agréable…
« Dans le fond, peut-être est-ce juste ça l’essentiel : sentir qu’on croit en soi, se sentir nécessaire. Avoir deux yeux posés sur soi. Un regard. »
10) Le principe de Pauline, de Didier van Cauwelaert
Ce roman raconte la relation au fil des années, entre amour, rejet et amitié, entre trois protagonistes : Quincy, écrivain un peu paumé, Pauline, jeune femme énergique et déterminée, et Maxime, tout aussi fantasque qu’incarcéré. C’est improbable, souvent tiré par les cheveux, mais délicieusement fantaisiste et addictif. On a envie de savoir comment tout cela se finit !
« Comme beaucoup de jeunes mal dans leur peau, j’avais tenté de me reloger entre les pages d’un premier roman. Censé révolutionner la littérature, L’énergie du ver de terre s’est vendu à neuf cent quatre exemplaires. Et demi. Je viens d’en acheter un sur les quais, a moitié prix. On ne peut pas dire que ma cote se soit envolée, vingt ans plus tard. »
9) Rendez-vous avec la mort, d’Agatha Christie
La famille Boynton, en vacances dans la région de Jérusalem, ne passe pas inaperçue. La mère est une femme tyrannique, qui mène ses enfants à la baguette avec un plaisir sadique non dissimulé. Lorsqu’elle est retrouvée morte à Petra, Hercule Poirot, qui passait par là, décide de mener l’enquête… Un grand classique, relu avec plaisir !
« – Jérusalem vous plaît ? lui demanda le Dr Gérard après un échange de salutations.
– Par certains côtés, c’est assez atroce, répondit Sarah avant d’ajoute : la religion, c’est une histoire de fous, non ?…
Le Français parut amusé :
– Je vois ce que vous voulez dire, déclara-t-il dans un anglais presque impeccable. Toutes ces sectes qui se chamaillent et qui ne songent qu’à s’étriper !
– Sans parler de ces édifices abominables qu’ils ont bâtis un peu partout ! renchérit-elle.
– Là, je suis bien de votre avis.
– Et dire que, pas plus tard que ce matin, soupira Sarah, on m’a obligée à sortir d’une église parce que je portais une robe sans manches. Il faut croire que le Tout-puissant, qui m’a pourtant donné des bras, ne les apprécie guère. »
8) La chambre des merveilles, de Julien Sandrel
Louis, 12 ans, se fait faucher par un camion sous les yeux de sa mère Thelma. Son pronostic vital est engagé, et s’il ne se réveille pas d’ici un mois, les machines qui le maintiennent en vie seront débranchées. Thelma décide alors, pour faire revenir son fils, d’accomplir pour lui les choses dont il rêvait et de les lui raconter… Un roman touchant, plein d’imagination et d’amour, dont j’ai beaucoup aimé la fin. Il y a un film qui est sorti également, mais que je n’ai pas vu.
« Je m’appelle Louis, je vis à Paris, j’ai douze ans et demi, bientôt treize. J’adore le foot, les dessins animés japonais, Maître Gims, les chaînes YouTube consacrées aux Pokémon, la pâte à tartiner qui contient plus d’huile de palme que l’huile de palme (j’adore cette blague), les films de cinéma des années 90 et 2000 (non, ça n’est pas ringard comme passion), l’odeur des pots d’échappement, les skateboards flashy, les seins de Mme Ernest ma prof de maths, les maths sans les seins de Mme Ernest, ma super grand-mère Odette, ma mère (la plupart des jours). À part ça, je crois que je suis mort. »
7) Tant que le café est encore chaud, de Toshikazu Kawaguchi
Situé dans une ruelle de Tokyo, Funiculi Funicula est un café un peu particulier… On peut en effet y remonter dans le passé, tant que sa tasse de café est encore chaude et que l’on accepte le fait que ce voyage ne changera pas le présent. Ce roman raconte cette étrange expérience vécue par quatre clientes du café, entre fantastique, poésie, et réflexion sur le passé et le présent. Une jolie lecture ! Il y a une suite que je n’ai pas lue.
« Mme Kôtake sentit son cœur s’accélérer quand elle comprit que c’était son propre corps qui ondulait. Elle était en train de se transformer en vapeur de café. Le paysage autour d’elle s’était mis à défiler de haut en bas. Elle s’était changée en vapeur et elle remontait le temps. »
6) Seules à Berlin, de Nicolas Juncker
Ce roman graphique raconte la rencontre entre Ingrid et Evgeniya, au sortir de la seconde guerre mondiale. L’une est Allemande, l’autre est Russe, et leurs vies se télescopent entre leur vécu et la propagande de leurs pays respectifs… J’ai beaucoup apprécié cette BD, que j’ai trouvée très réaliste (et parfois très crue). La guerre n’y est pas romancée ni idéalisée, on la voit dans toute son horreur, de même que les relations humaines. Une lecture qui m’a beaucoup intéressée !
« Les femmes de l’Armée rouge. Elles se sont engagées pleines de haine et de violence. Se sont battues deux fois plus que les hommes. Parce qu’on ne leur pardonnait rien. Parce qu’on attendait deux fois plus d’elles. Parce qu’elles savaient le sort que les Allemands leur réservaient. Empalées, yeux crevés, seins coupés. Parce qu’elles devaient se protéger aussi de nos propres soldats. »
5) Chasseur, cueilleur, parent, de Michaeleen Doucleff
Je voulais lire ce livre depuis un moment, et je l’ai finalement trouvé à la bibliothèque à Montréal. Michaeleen Doucleff y raconte comment elle a radicalement changé sa manière d’élever sa fille Rosy, âgée de 3 ans, après être allée à la rencontre de communautés Maya, Inuits et Hadza. Elle découvre une nouvelle parentalité, aux antipodes de celle qu’elle pratique et qui l’épuise… J’ai trouvé cette lecture passionnante, ouvrant une fenêtre sur la manière d’être parent aux quatre coins du monde, et pleine de petits trucs et astuces pour une parentalité plus sereine.
« Les anciens me confient que les Inuits voient le fait de crier sur un jeune enfant comme quelque chose de dégradant. Cela revient tout simplement à s’abaisser au niveau de l’enfant ou à piquer une crise de colère version adulte. Il en va de même lorsqu’on gronde un enfant ou qu’on lui parle d’une voix empreinte de colère. « Se fâcher n’aboutit à rien », me dit Martha Tikivik, 83 ans. Née dans un igloo sur l’île de Baffin, elle a élevé six enfants. « Se fâcher ne va pas résoudre le problème. Ça ne fait qu’interrompre la communication entre l’enfant et la mère. » »
4) Un été sans toi, de Karen Swann
Rowena est en couple depuis des années avec Matt, lorsqu’il lui annonce soudain qu’avant de l’épouser il va prendre six mois de « break » au Cambodge, sans elle. Le monde de Rowena s’effondre avec cette annonce… Elle décide alors de partir elle aussi de son côté, et elle quitte l’Angleterre pour aller passer l’été en colocation dans les Hamptons, où elle va s’adonner à sa passion pour la photographie. J’ai beaucoup apprécié cette lecture, les personnages sont attachants, et j’ai aimé suivre Rowena dans cette nouvelle vie aux antipodes de sa vie habituelle.
« Une question revenait sans cesse. Et même quand elle était complétement réveillée, la réponse continuait de lui échapper. Pourquoi était-elle ici alors que Matt était là-bas? Pourquoi n’avait-il pas discuté avec elle avant de réserver son vol ? Pourquoi… pourquoi ne lui avait-elle pas suffi ? »
3) Ne lâche pas ma main, de Michel Bussi
Retour à la Réunion avec ce roman policier qui raconte la disparition de Liane Bellon alors qu’elle est en vacances sur l’île intense avec son mari Martial et leur fille Sofa. Martial, soupçonné de l’avoir tuée, s’enfuit avec leur fille et une cavalcade aux quatre coins de la Réunion commence alors… J’ai aimé le suspense, les personnages (notamment secondaires) attachants et puis cette plongée au cœur de la Réunion, dans des coins que nous avons si souvent arpentés…
« Alors, lieutenant, dites-vous que personne n’est coupable. Que ce fut juste le hasard et que personne n’y pouvait rien changer. C’est de là que naissent toutes les haines du monde, lieutenant, toutes les guerres, il nous faut trouver des coupables, toujours, à tous les malheurs de l’univers. Même quand il n’y en a pas, notre esprit les invente. Ce n’est sans doute pas facile à admettre quand on est flic, cette idée que l’on a tellement besoin de coupables qu’on finit par les fabriquer. »
2) Désenchantées, de Marie Vareille
Les désenchantées, ce sont quatre amies d’enfance, inséparables jusqu’à la disparation brutale et mystérieuse de l’une d’entre elles, Sarah, âgée de 15 ans. Vingt ans plus tard, Fanny revient sur les lieux du drame qui ont marqué son enfance, et le passé ressurgit… Je suis tombée sur ce livre par hasard à la médiathèque, en en cherchant un autre de cette autrice, et j’ai été happée par cette histoire d’amitié. Une très belle lecture, qui vous tiendra en haleine jusqu’à la dernière page.
« Connaître quelqu’un depuis l’enfance, c’est avoir assisté à la naissance de ses rêves, à leur réalisation ou à leur effondrement, c’est avoir eu accès à ses plus grands espoirs et à ses peurs les plus intimes à l’état brut, avant que la domestication sociale n’ait fait son œuvre. C’est discerner qui il est vraiment derrière le brouillard protecteur des conventions et des règles auxquelles obéissent les adultes. »
- Les derniers jours de Rabbit Hayes, d’Anna Mc Partlin
Rabbit Hayes a 40 ans, une fille de 12 ans, une famille déjantée et un cancer du sein qui est en train de la tuer. Ce livre raconte ses derniers jours de vie, dans une maison de soins palliatifs, entourée de sa famille. C’est très beau, touchant, souvent drôle aussi… Une lecture qui m’a beaucoup marquée ! L’autrice a rédigé une suite, Sous un grand ciel bleu, qui raconte la vie de la famille de Rabbit après le décès de Rabbit, et qui est très bien aussi.
« A l’adolescence, elle s’était acheté un bouddha en terre cuite rouge dans une boutique de charité, et quand sa mère lui avait demandé pourquoi, elle avait répondu qu’elle aimait mieux regarder un gros dieu rigolard qu’un maigrichon en train de mourir. »
Merci d’honorer ce rendez-vous annuel que j’affectionne particulièrement et qui me donne toujours de bonnes idées de lecture.
De mon côté je suis plutôt une grande lectrice pendant les vacances et je prends (beaucoup) moins le temps en dehors (j’ai lu 14 livres en 2 mois cet été !).
Qu’est ce que je retiens de mes lectures de l’année et que je pourrai te recommander ?! Tous les ans je lis les Bussi (j’ai détesté le dernier – je ne te le recommande vraiment pas, ou alors juste pour que tu nous livres ici ta critique ;-)), les grimaldi, les Thilliez (si tu n’as jamais lu et que tu aimes les polars dark, je te les recommande vivement. A lire dans l’ordre chronologique pour plus de plaisir).
Curieusement, car je ne m’y attendais pas, j’ai aimé la saga des 7 soeurs. Un peu lent, un peu niais, mais à chaque fin de volume je n’avais qu’une hâte : lire le prochain. Chaque livre te transporte dans un voire plusieurs pays, dans une autre époque à la rencontre de femmes qui évoluent au fil des pages pour devenir des femmes fortes (pour leur époque). Et il y a ce fameux fil rouge. Alors oui, c’est tiré par les cheveux, c’est de la lecture facile, mais c’est agréable. Et ça donne beaucoup d’idée de voyage 😉 (même si je ne doute pas que tu en manques !)
Je t’embrasse et je profite d’être encore en janvier pour te / vous souhaiter une merveilleuse année !
Coucou Delphine et très bonne année 2024 à vous aussi ! Merci pour ton message et pour toutes ces bonnes idées. Cela fait un moment que les 7 soeurs me font de l’oeil, l’une de mes amies est une fan inconditionnelle et m’en parle à chaque fois que je la vois 😉 Il faut que je m’y mette ! Je n’ai lu aucun Thilliez mais je note ton conseil. Virginie Grimaldi j’aime bien aussi, en lecture « feel good » !
En tout cas bravo pour ta lecture estivale, 14 livres en 2 mois, waouh !!
Grosses bises 🙂
[…] Côté lecture le bilan 2023 est assez mitigé, avec seulement 24 livres lus. Ce n’est pas ma meilleure année, loin de là, mais bon c’est la vie et mes journées n’ont que 24 heures… Je découvre quand même quelques pépites, que vous pouvez retrouver dans mon top 12. […]