« Un voyage se passe de motifs. Il ne tarde pas à prouver qu’il se suffit à lui-même. On croit qu’on va faire un voyage mais bientôt c’est le voyage qui vous fait ou vous défait. » Nicolas Bouvier, l’usage du monde
Je pourrais vous parler des chiffres, vous dire que ce TDM2 c’était 8 mois de voyage, 11 pays traversés, 21 vols pris, 12kg perdus pour Benoît et 3 pour moi, environ 12500 euros/personne dépensés…
Je pourrais vous parler de nos découvertes les plus marquantes, le festival de neige et de glace d’Harbin, la floraison des cerisiers à Tokyo, le festival de l’eau à Mandalay, notre journée en famille avec les éléphants thaïlandais, le snorkeling avec les raies manta et la rencontre avec les dragons de Komodo, notre roadtrip australien et le bonheur de revoir Sydney, nos trois jours dans la forêt équatorienne avec Coralie, la laguna 69 enfin atteinte et les JO de Rio…
Je pourrais vous parler de nos coups de cœur gustatifs, des petites brochettes chinoises de pommes acidulées, des petits pains de la boulangerie de Latacunga, des banana pancakes de Bangkok, de la boisson au litchi de Bagan, de notre petit resto végé de Quito et de nos orgies japonaises au supermarché du mont Fuji.
Je pourrais vous parler de ce que l’on n’imagine pas forcément quand on parle de TDM. J’aurais pu vous parler de nos plus grosses galères, de ma double piqûre de guêpe/frelon à Florès et l’œdème monumental qui a suivi, loin de toute structure médicale, ou encore du vol de l’Instax de Benoît dans un bus équatorien. J’aurais pu vous parler des multiples cafards croisés, des piqûres de moustiques et de l’hôtel plus-miteux-tu-meurs à Labuan Bajo, avec les lits métalliques, les draps troués par des cigarettes, les fenêtres sans vitre, la mosquée en face et la douche au seau dans les toilettes. J’aurais pu vous parler des bagages sans cesse à faire et défaire, du silence qui m’a parfois tant manqué et de l’indispensable combo boules Quiès/baladeur mp3.
Je pourrais vous parler de tous les futurs voyages que ce TDM2 nous a donné envie de faire, de la Laponie en hiver aux bateaux-hamacs entre Belem et Manaus, en passant par les dinosaures de Khon Kaen, le Japon automnal, les temples de Mrauk-U, le centre de la Chine et du Laos, les îles Fiji, le sud de Perth, et la Patagonie encore et toujours…
Je pourrais vous parler de toutes les rencontres que nous avons faites. Il y a eu nos hôtes couchsurfing, Catia & Arto à Helsinki, qui nous ont ouvert leur maison alors que le timing n’était pas le meilleur pour eux, Richie & Gill à Perth, chez qui nous avons passé deux jours à parler liberté, simplification de vie et couple childfree, Yi à Shanghai, si différent de nous… et puis Fabricio et ses deux collègues/colocs à Sao Paulo. Il y a eu aussi les autres voyageurs croisés, nos partenaires de Gibbon Experience, de trek survivor, de trek entre Kalaw et le lac Inle, la famille de camping-caristes rencontrés aux Galapagos… Et puis, il y a eu toutes ces personnes qui ont croisé notre route, cet étudiant chinois avec qui nous avons joué à la pétanque sur notre couchette dans le train, ces dames qui ont attendu le bus à Florès avec nous, et avec lesquelles nous avons fait une séance d’Instax totalement surréaliste, l’équipage de notre bateau vers Komodo… Tant de rencontres, tant de moments partagés, et une fois de plus le rappel que l’Homme est bon… !
Je pourrais vous dire que nous retenons que partir est simple comme acheter un billet d’avion, que le plus difficile est d’en prendre la décision, que notre plus grand luxe est le temps… et que chacun est maître de ses choix et de son destin.
Oui, je pourrais vous parler de tout cela… mais au final, ce qui me reste le plus de ce voyage, près de sept mois après notre retour, c’est le sentiment d’avoir pleinement vécu. C’est la réalisation de rêves parfois très anciens, la découverte quotidienne de nouvelles choses, la curiosité sans cesse en éveil. C’est le goût de la liberté, les réveils chaque jour dans un nouvel endroit, avec une journée « page blanche » à écrire devant nous. C’est un certain retour à l’essentiel aussi, avec peu d’objets et d’affaires, mais plus de présence, de temps et de fantaisie. C’est avoir pu profiter de l’autre durant huit mois à temps plein, et d’en redemander…
Et puis, surtout, ce sont les émotions exacerbées, les moments où j’ai eu le souffle coupé, ces instants où d’une lumière, d’une note, d’un regard, j’ai saisi une seconde la perfection des choses, et touché la Beauté du doigt. Ces moments où soudain, le temps se suspend et où l’on se sent exactement là où on devrait être… De plus en plus, je me rends compte que ce sont pour ces moments-là que je vis, et vers ces moments-là que je veux tendre. Je veux une vie de découverte et de nouvelles expériences, je rêve de route de la soie, de descente des Amériques en van, de carretera australe, de traversée du Canada en train, de cours d’allemand en Allemagne, de traversée d’Europe en vélo et de revoir New York. Je rêve d’équilibre, un peu, et de déséquilibre, beaucoup.
J’écoutais il y a quelques jours une conférence TED de Dustin Garis, sur la poursuite d’une vie mémorable, et une phrase qu’il dit à un moment m’a beaucoup marquée :
« Life is not the number of days you live, it’s the number of days you remember » (la vie, ce n’est pas le nombre de jours que l’on vit, c’est le nombre de jours dont on se souvient)
Dans le même genre il y a aussi la petite phrase de Phil Bolsta :
« Life is not measured by the number of breaths we take, but by the moments that take our breath away » (la vie ne se mesure pas par le nombre de respirations que nous prenons, mais par le nombre de moments où nous avons le souffle coupé)
Personne ne sait ce que le lendemain nous réserve, alors autant vivre pleinement dès aujourd’hui…
Notre premier voyage au long cours nous a apporté certaines choses, le deuxième nous en a apporté d’autres, dont un plus grand affinage de nos priorités et choix de vie. Ce n’est pas encore parfait, et je vous mentirais si je vous disais que nous mettons désormais tout cela en application complète, mais une chose est sûre, nous savons l’un et l’autre mieux ce que nous souhaitons, pour soi-même et pour nous, dans les années et la vie à venir.
Merci à vous tous qui nous avez suivis durant ce voyage, merci à ceux d’entre vous qui nous ont écrit et donné de leurs nouvelles, merci d’être là y compris lorsque nous, nous ne sommes pas là. Merci aussi à nos familles qui ont été d’une grande aide sur le plan logistique durant ces 8 mois d’absence. Spéciale dédicace à mes parents et ma sœur, qui ont vraiment été hyper aidants pour moi dans une année hélas chargée administrativement… Merci à vous, et à bientôt !
