
Nous sommes encore à Cilaos lorsque SuperColoc et moi apprenons la nouvelle. Pas besoin de regarder nos agendas pour savoir que nous n’aurons pas le temps d’y aller en journée, nous sommes toutes les deux prises non-stop jusqu’au week-end, qui est d’ailleurs un week-end travaillé pour moi. Oui, mais… c’était sans compter la mise en jeu de l’Honneur Réunionnais ! SuperColoc m’annonce qu’en tant que Réunionnaise, il lui est inconcevable de ne pas m’emmener voir le volcan étant donné que je ne l’ai encore jamais vu en éruption. Comme on n’a pas le temps en journée, nous décidons alors d’y aller… la nuit ! « En enlevant une nuit, on peut faire beaucoup de choses » comme dirait ma sœur… Et puis dormir, c’est un peu surfait non ?
Un petit passage par St Denis le temps de se préparer et un stop à la station-service pour acheter des cochonneries plus tard, nous voilà parties à l’assaut du volcan ! Nous avons l’impression de faire une folie, nous sommes totalement survoltées…
SuperColoc nous pilote de main de maître pendant que je la nourris de cacahuètes, jusqu’à Bourg-Murat (la dernière ville avant le volcan), où une équipe de gendarmes particulièrement sympathique (sans ironie, ils étaient vraiment au top ! ) nous arrête. Le parking du volcan est plein, il faut patienter en bas que des places se libèrent…Il y a une quinzaine de voitures devant nous ; nous profitons de cette attente forcée pour dîner et nous changer, c’est qu’en altitude il fait plus frais… Le gendarme débloque soudain la file, pour la refermer… juste devant notre capot, dommage ! Nous sommes les premières de la fournée suivante, et SuperColoc ouvre la voie vers notre but, le piton ! La traversée de la plaine des Sables avec notre petite voiture me donne quelques sueurs froides, mais malgré les gros nids de poule ça passe.
Il est 22H30 lorsque nous arrivons au niveau du parking, où là encore tout est très bien organisé puisque de nouveau des gendarmes nous accueillent et nous disent où nous garer. Nous bouclons nos sacs, installons nos lampes frontales (gentiment prêtées par C. !) et c’est parti… Dans le lointain on distingue un grand nuage rouge, c’est notre but !
Le meilleur point de vue accessible pour cette éruption est celui du piton de Bert, à 6,7km du parking où nous sommes garées. Le chemin est relativement plat mais avec la nuit nous n’avançons pas très vite. Toutes les lampes frontales forment comme une chenille de lumière dans la nuit… Quant au ciel, il est majestueux de clarté, nous voyons la voie lactée, la croix du sud, les nuages de Magellan…
Après deux heures de marche nous arrivons au point de vue. Devant nous s’étend le cratère en pleine éruption, avec fontaines de lave et coulée rougeoyante. J’ai l’impression de sentir l’odeur et la chaleur de la lave, et surtout nous entendons les grondements de la Terre en train de cracher toute cette lave en fusion… Nous nous asseyons, et admirons le spectacle. Une fois de plus, la nature nous offre un spectacle grandiose… L’éruption volcanique rejoint le ressac et le feu dans la série des spectacles que je pourrais contempler indéfiniment. Je suis aussi particulièrement contente de partager ce moment avec SuperColoc, que depuis le col du Taïbit on n’arrête plus niveau randos ! Cette nuit passée ensemble sur le volcan sera à coup sûr l’un des souvenirs forts de notre coloc…
Et puis, il faut bien repartir, mine de rien on travaille toutes les deux demain matin… Le retour nous semble interminable, nous sommes tellement claquées qu’on a des fous rires pour un rien. Il est trois heures lorsque nous retrouvons la voiture, et dans l’autre sens les gens continuent à partir vers le piton de Bert. Entre le parking blindé, tous les gens, les postes de secours avancés, et ce gros nuage rouge au loin, l’ambiance est surréaliste.
Nous redescendons tranquillement jusqu’à Bourg-Murat, en bas les gens continuent à patienter… J’apprendrai le lendemain que certains ont attendu cinq heures avant de pouvoir accéder au parking. A Bourg-Murat, je sombre dans le sommeil, avec la bénédiction de SuperColoc qui se charge de nous ramener à bon port (quand je vous dis qu’elle mérite bien son surnom… ;-)). Nous arrivons chez nous à 5H30, vite au lit, dans moins de trois heures il faut aller travailler… Ce qui se fera les yeux brillants de fatigue, mais surtout d’excitation en repensant à cette nuit inoubliable sur le volcan !
