
Au bout d’une bonne heure et demie de route, nous y voilà : Puerto Williams ! J’ai essayé de réserver au Refugio El Padrino, mais ce n’est pas très clair… Nous nous renseignons dans d’autres hôtels en chemin, mais ils sont soit complets soit fermés. Nous finissons par arriver au Refugio, une maison bleue avec des grands drapeaux et une terrasse en bois flottée. En fait ce n’est ni un hôtel ni une auberge de jeunesse, mais un véritable refuge de montagne… en pleine ville. C’est désert, un panneau explique que le lieu est autogéré. A l’intérieur, les poêles chauffent fort, un castor empaillé (José, de son petit nom) trône sur le canapé, et un panneau indique le nombre de lits disponibles. Sur la porte de l’une des chambres un petit ruban de scotch indique « Aurélia 🙂 ». Youpi ; on dirait bien que c’est pour nous ça !
Le Refugio El Padrino sera le lieu central de notre séjour à Puerto Williams. Nous y prendrons nos repères, nous y ferons des rencontre qui nous marquerons : Cecilia, la propriétaire, dont le mot favoi est « RELAX » ; Andrea, la lumineuse Andrea, qui passe le petit coup de propre tous les jours ; son mari Felipe, chef cuisinier dans l’armée chilienne, qui nous régalera d’un dîner « en l’honneur des femmes », le 8 mars ; Pascal, un Français qui vit en Alaska mais vient ici tous les étés construire une cabane près du lago Winhond et chasser les castors ; Martha, une jeune Espagnole de 18 ans qui voulait nous scotcher nous accompagner durant notre trek – nous avons dû prétendre être en voyage de noce pour ne pas nous la coltiner durant six jours… décision dont nous nous sommes encore plus félicités au vu de la météo que nous avons eue (pour la petite histoire, elle finira par trouver un autre groupe parti un jour après nous… et fera demi-tour au bout d’une demi journée) ; Brandon et Jacquie, un couple d’Américains, lui ancien de la Navy, en voyage autour du monde depuis 18 mois ; Isabelle, une Française qui tient l’été une petite pizzéria près du Refugio… Tant de visages, tant d’histoires !
Il y a plein de jolies balades à faire autour de Puerto Williams ; nous faisons les premières pour nous mettre en jambe avant le trek, les suivantes pour nous consoler de ne pas avoir terminé le trek ! Nous montons au cerro Bandera, un sommet orné d’un grand drapeau et surplombant le canal de Beagle. La marche en forêt est jolie et pas très difficile, et la vue une fois en haut est superbe. Le drapeau claque dans le vent, l’eau scintille, au loin des sommets effilés se découpent sur l’horizon.
Nous faisons également plusieurs balades côtières, à l’ouest et à l’est de Puerto Williams. Tout le littoral est parsemé de baies aux plages désertes, habitées uniquement par des oiseaux. C’est d’un calme absolu, il n’y a que le vent et les cris des oiseaux… A l’ouest nous poussons en bus jusqu’à Puerto Eugenia, l’endroit où la route s’arrête. Pour aller plus loin, et notamment jusqu’à Puerto Toro, il faut prendre le bateau.
La veille de notre départ, nous retrouvons notre ami : le Fram ! Depuis dix jours que nous l’avons quitté, il a fait un aller-retour en Antarctique… Il s’arrête quelques heures à Puerto Williams avant de poursuivre sa route vers les fjords chiliens. Nous jouons à perturber l’équipage et les passagers en arborant nos vestes rouges (hihi), et surtout nous en profitons pour revoir Sam ! Nous lui faisons honneurs du refuge El Padrino, puis faisons un tour avec lui jusqu’au musée, qui présente pas mal d’objets des populations natives, et explique comment les colons sont arrivés et ont transformé les choses.
C’est le cœur serré que nous quittons Puerto Williams. Plus qu’Ushuaia, c’est là que nous avons trouvé notre bout du monde 2019… Un bout du monde aux routes gravillonnées, aux maisons de bois et de tôle, aux épaves de bateaux échoués sur la grève… Un bout du monde où le supermarché se remplit et se vide au gré des passages du ferry de Punta Arenas, un bout du monde constitué d’eau, de vent, de ciel, de pierre et de quelques humains que nous ne sommes pas près d’oublier.
Ce bout du monde ne le restera sans doute pas très longtemps encore, de gros travaux ont été engagés, les routes sont en train d’être refaites, prolongées, partout de nouveaux bâtiments sont en construction. Mais même s’il disparaît, ce bout du monde de 2019, nous le garderons dans nos cœurs et nos mémoires… et s’il le faut, la prochaine fois, nous irons plus loin, encore un peu plus loin, chercher notre nouvelle fin du monde.
