
Depuis le samedi 17 novembre, l’ensemble de l’île est paralysé en journée par les « Gilets jaunes », qui tiennent entre 20 et 30 barrages sur divers points stratégiques de circulation : le rond-point d’accès à l’aéroport, l’entrée de la route du littoral… La très grande majorité de ces barrages sont bloquants et non filtrants, ce qui rend les déplacements extrêmement compliqués. Nous n’avons ainsi pas pu quitter Saint-Denis depuis le début des manifestations.
Speech « Gilets jaunes » sur le Barachois avec le soutien des motards le 17 novembre, l’ambiance était plutôt bon enfant
En marge des actions des « Gilets jaunes », d’importantes violences urbaines ont lieu, souvent le soir et la nuit, perpétrées par des casseurs et de jeunes délinquants. Depuis le 17 novembre, des dizaines de commerces ont ainsi été vandalisés sur l’île, pillés, incendiés… Des feux de poubelles et de palettes ont lieu dans des tas de quartier, des rackets sont organisés sur certains points de barrage… Un couvre-feu a été mis en place depuis mercredi soir et jusqu’à demain pour le moment, avec interdiction de circuler entre 21H et 6H. Les écoles, les commerces, les administrations publiques sont pour la plupart fermés. Toutes les manifestations culturelles sont supprimées. Aucun bus ne circule (cela reprend un peu ce matin sur St-Denis ceci dit). Les stations-services sont vides ou réquisitionnées pour les forces de l’ordre et les véhicules de secours. Près d’une vingtaine de membres des forces de l’ordre ont été blessés, dont un grièvement.
De notre côté, c’est le lundi 19 au soir que cela a été le plus chaud. Notre rue s’est retrouvée bloquée d’un côté par un barrage tenu par de jeunes gens cagoulés et bien excités, et de l’autre par un grand brasier de poubelles, de palettes et de voitures volées. Cela fait un drôle d’effet… La police et les pompiers sont intervenus une première fois, ont supprimé le barrage et arrêté le feu / évacué la carcasse de voiture… Dès leur départ, des gens sont ressortis dans la rue en poussant des poubelles et des ordures, et le brasier a immédiatement été relancé, avec une nouvelle voiture brûlée. La police est alors revenue avec des effectifs plus importants et est restée un bon moment dans le quartier, à dissiper les vandales à coups de bombes lacrymo et de flashballs. Le petit supermarché de notre quartier a failli être pillé, heureusement le rideau de fer a tenu, mais ils lui ont cassé toutes ses fenêtres… C’est moche que des gens du quartier fassent cela à quelqu’un qui fait justement vivre le quartier !
Comme il n’y a pas de bus et que son espace de coworking est dans un quartier « chaud « Benoît est resté travailler toute la semaine à la maison. De mon côté j’ai pu continuer à aller travailler à pied, mais je ne m’attarde pas en chemin le soir… Hier le supermarché à côté de mon travail a ouvert quelques heures, nous y sommes allés à tour de rôle avec mes collègues. Tout le monde fait des réserves, ne sachant pas combien de temps la situation va durer ni quand aura lieu le prochain réapprovisionnement des stocks. On se serait crus en période de guerre…
Voilà donc pour les dernières nouvelles. Nous espérons que cela va rapidement se tasser, et que la Réunion va retrouver son calme… Cela s’est un peu calmé la nuit au niveau des violences (le couvre-feu a fait son office je pense, ainsi que les arrestations avec comparution immédiate devant le juge), mais les choses restent quand même bien compliquées. Nous devons rentrer en métropole dans les jours qui viennent ; Benoît part samedi soir et moi lundi soir. Nous ne savons pas trop comment cela va se passer, pour le moment tous les vols du soir sont avancés au matin car l’aéroport ferme à 16H. Certains vols font escale à Maurice pour se ravitailler en carburant. Nous risquons fort de devoir aller à pied à l’aéroport, et de devoir (pour moi) poser mon lundi si le départ se fait à midi au lieu de 22 heures. En tout cas ce petit retour en métropole tombe plutôt bien au vu de la situation ici !
