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Lago Windhond & Dientes de Navarino : histoire d’un trek avorté (6 et 7 mars 2019)

Nous quittons Ushuaia le 4 mars et prenons le bateau pour Puerto Williams, sur l’autre rive du canal de Beagle. Bye bye l’Argentine, bienvenue le Chili ! Puerto Williams, cela faisait des années que je voulais y aller… Pour découvrir « la ville la plus australe » du continent sud-américain – en fait pas du tout, puisque Puerto Toro est un village chilien encore plus austral, enfin bref ^^ – et pour faire le trek des Dientes de Navarino, un trek de 4-5 jours en autonomie. Jusqu’au dernier moment nous ne savions pas si nous pourrions y aller ; mars ici, c’est déjà le début de l’hiver, et la difficulté de ce trek nécessite une météo correcte. Rassurés par le beau temps à notre arrivée à Ushuaia nous avons acheté nos billets de bateau, et après deux jours de repos et de préparatifs nous nous mettons en chemin le 6 mars au matin. Nous avons rallongé notre itinéraire initial en le couplant avec le lago Windhond, un lac réputé très beau et accessible uniquement à pied.

Au programme donc, six jours de randonnée en autonomie, un parcours ardu mais dans des paysages promettant d’être spectaculaires. Nos sacs sont bien pleins entre le matériel de camping, nos vêtements et surtout la nourriture. Nous avons pris beaucoup de déshydraté, mais cela pèse tout de même son poids. J’oscille entre peur et excitation… Ce trek est un vrai challenge pour nous !

Cécilia, la gérante de notre hôtel à Puerto Williams, nous dit que le début de la rando est difficile à trouver et propose de nous déposer en voiture au début du sentier. On accepte avec plaisir ! Et au vu de tout le chemin qu’elle nous avance (3 bons km) on se dit qu’on a vraiment bien fait d’accepter 😉

Le début de la rando est en sous-bois, sur un sentier assez facile et bien entretenu. Il y a des marquages tous les 50 mètres, c’est très facile à suivre. Les choses se corsent lorsque nous arrivons à la première castorera, un grand espace à moitié inondé par des barrages de castor. Nous marchons alors entre mousses humides et tourbières. Benoît s’arrête pour doubler ses chaussettes avec un sac plastique, et je ne tarde pas à faire de même. Le paysage est très beau, entre la forêt et la mousse (qui  commencent à prendre des couleurs automnales), les hautes montagnes, les arbres morts dans les petites lagunes… Entre deux coups d’œil au sol pour voir où nous mettons les pieds, nous admirons le paysage autour de nous !

Premier obstacle au bout de 20 minutes de marche : un tronc non tronçonné. « Sorry ! »

Arrivée à la première castorera

Mise en place des sacs plastiques

On a triomphé de la castorera !!!

Après un petit passage au sec en forêt nous retombons sur une castorera bien humide. Nous pique-niquons à la sortie de celle-ci, cela fait du bien de s’arrêter ! Les indications de direction se sont beaucoup raréfiées, nous cherchons parfois notre chemin… Les castors commencent à nous sembler bien moins sympathiques, à inonder les paysages comme ils le font !

Le coeur de la forêt 😉

Deuxième castorera

Marquage

Un peu plus loin nous passons un petit col et arrivons à un magnifique point de vue sur les montagnes. Les Dientes se dressent face à nous, c’est beau !

Le sentier continue entre forêt, torrent (on en profite pour remplir les bouteilles d’eau) et lagunes. Nous passons à côté d’un magnifique barrage de castors, comme dans les livres ! Juste après le barrage le sentier se met à monter en forêt, jusqu’à un plateau avec de jolies lagunes d’altitude.

Barrage de castors

Maison de castors

Une dernière montée manque de nous achever, ça grimpe dur… En haut, quelques flocons font leur apparition. La luminosité commence à baisser, alors nous décidons de planter la tente là pour la nuit. Nous trouvons un emplacement relativement plat et sec ; pendant que Benoît installe la tente j’attaque la préparation du repas, c’est la lutte contre le vent pour ne pas que le gaz s’éteigne toutes les deux minutes… J’avais des projets de soupe, puis de polenta, finalement ce sera juste polenta et zou sous la tente, il neige de plus en plus et il fait super froid. Le panorama est superbe, avec ces premiers flocons qui parsèment la lagune, les sommets et la végétation.

Magnifique n’est-ce pas ?

La neige continue de tomber toute la soirée et toute la nuit. Nous sommes obligés de secouer la tente toutes les demi-heures pour retirer la neige qui s’accumule sur le toit. On finit par s’endormir ; une étrange impression me réveille un peu plus tard : le toit de la tente, habituellement à soixante bons centimètres au-dessus de moi lorsque je suis allongée, n’est désormais plus qu’à dix centimètres au-dessus de mon nez… Nous sommes quasiment ensevelis ! Je réveille Benoît et à deux nous parvenons à dégager toute la neige du toit. Pfiou, que d’émotion ! On reprend nos tours de « secouage de tente » réguliers toute le reste de la nuit…

Le matin… il neige toujours ! J’ouvre la tente en priant pour qu’il n’y ait pas de brouillard, heureusement de ce côté-là ça va… Par contre la neige s’est accumulée, une bonne cinquantaine de centimètres de poudreuse recouvre le paysage. C’est magnifique… et effrayant tout à la fois. Impossible de faire chauffer de l’eau ce matin, il y a trop de vent. On boit du thé tiédasse sous la tente, et on attaque les snacks. Nous n’avons pas besoin de nous concerter longtemps pour décider de faire demi-tour. Nous ne sommes pas équipés pour affronter une telle tempête de neige, et encore moins le premier jour sur six jours en autonomie. Par contre, avec cette météo, je me demande si nous allons réussir à rentrer en une journée. Nous bouclons donc nos sacs avec soin, en mettant dans des sacs plastique tout ce qui doit absolument rester sec, au cas où nous soyons obligés de passer une deuxième nuit dehors.

La tente côté pile…

… et côté face !

Panorama au réveil

C’est frigorifiés que nous nous mettons en marche. J’ai les orteils et les mains glacés, et mes deux paires de gants sont mouillées, Benoît me passe l’une des siennes. Le sentier, déjà pas évident à trouver hier, a totalement disparu sous la neige. Nous nous retrouvons à plusieurs reprises en pleine forêt, entourés d’arbres infranchissables… Nous ne sommes pas trop de deux pour chercher et trouver le sentier ! Nous passons aussi une bonne demi-heure à chercher un gué pour passer un petit torrent, trop large pour que nous puissions l’enjamber. Nous voulons à tout prix garder les pieds au sec, avec ce froid si on commence à mouiller nos chaussettes ça va devenir vraiment pénible, voire dangereux. Je n’en mène pas large… Nous sommes seuls, et nous avons dit à tout le monde (y compris à la police, à laquelle il fallait se déclarer) que nous partions pour six jours, donc personne ne s’inquiètera si on ne rentre pas. Dans ces moments, on se rend compte à quel point la nature est puissante, et à quel point nous sommes faibles face à elle ! Nous nous disons aussi que les explorateurs polaires étaient de grands malades…

C’est par où la sortie ?

Arrivée à la maison des castors…

… puis au barrage

Remplir les bouteilles au torrent, c’est plus périlleux quand il neige…

Ce n’est pas le moment que cet arbre rongé par les castors nous tombe dessus…

Petit à petit nous avançons quand même. Il neige toujours, et contre toute attente cela nous aide une fois que nous arrivons à la première castorera : les zones trempées hier sont désormais recouvertes de neige et nous les traversons plus facilement. Dès la deuxième par contre, ce petit avantage disparaît. Nous sommes bien redescendus, et la neige a commencé à fondre… rendant la castorera encore plus humide. Nous ne cherchons plus à éviter les zones mouillées, c’est impossible, nous les traversons tout droit en comptant sur les deux sacs poubelles que nous portons entre chaussettes et chaussures pour nous garder au sec. Durant tout ce retour nous nous arrêtons très peu, juste le temps d’avaler des paquets entiers de raisins secs et de cacahuètes. Dès que nous arrêtons de marcher nous nous refroidissons très vite.

A un moment il me semble entendre des voix. Nous ne voyons personne, mais au bout de quelques « ola » échangés de part et d’autre nous finissons par tomber sur trois jeunes hommes, en train… d’attaquer le trek. Nous leur disons qu’il y a vraiment beaucoup de neige plus haut ; l’un d’eux sourit béatement en répétant « nice ! » toutes les deux secondes. Je me dis que ce sont peut-être des Canadiens habitués à la neige, mais non, deux sont Chiliens et le dernier est Sicilien. Il commence à s’angoisser d’ailleurs ^^ Ils persistent à vouloir continuer, et nous on poursuit vers la ville !

Grâce à leurs empreintes dans la neige nous trouvons notre chemin plus facilement et avançons plus vite. Nous finissons par arriver à l’intersection où Cécilia nous a laissés la veille, hip hip hip, hourra ! Trois kilomètres plus tard nous retrouvons avec bonheur (et soulagement) la chaleur du refuge à Puerto Williams… Il est complet mais Cécilia nous propose de dormir sur le canapé du salon, ce que l’on accepte bien volontiers. Nous sommes bien contents d’être rentrés sans dommages… Par contre il faudra revenir, un jour où la météo sera plus clémente 😉

Un clic-clac au beau milieu du salon ? Oh oui !

Infos pratiques pour faire cette rando :

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