
Le temps semble subir une étrange distorsion et investit chaque petite chose de la vie quotidienne avec une intensité inhabituelle. Il y a le temps des repas, l’eau brûlante que nous allons chercher au samovar pour faire du thé que pour une fois nous ne rallongeons pas d’eau froide – à quoi bon se presser pour le boire après tout ? – le temps des jeux de cartes, la partie de pétanque improvisée sur une couchette avec l’un de nos compagnons de voyage. Il y a le temps de discuter, le temps de rêver, le temps de penser, le temps de lire et le temps d’écrire.
Dans chaque compartiment la vie s’organise ; là une famille est blottie sur une couchette face à un dessin animé, ici deux vieillards assis sur des strapontins grignotent mécaniquement des graines de tournesol, un peu plus loin une jeune fille écoute de la musique. Les vendeurs de plats et de fruits passent en criant dans le couloir, poussant leur chariot entre les valises et les gens. C’est parfois trop bruyant, c’est sale, mais c’est vivant.
Et moi, je me surprends à espérer un peu de retard, afin de prolonger cette parenthèse dans le temps.
