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REFLEXION #1 – La beauté des villes la nuit

Toutes les idées sont tissées sur le canevas de la nuit – André Suarès

Je crois que j’ai toujours aimé la nuit. C’est la nuit, toujours, que j’ai le mieux écrit, le mieux réfléchi. Le mieux lu, aussi. Une fois que tout le monde dort, que les bruits de la ville s’étouffent, quand l’atmosphère semble se ouater. J’en ai noirci des pages, dans ces heures-là… La nuit, l’impossible se rapproche, les rêves deviennent réalité. La nuit protège, et rend en même temps les sentiments plus vifs, plus purs, plus intenses. Les sens s’aiguisent, la pensée devient claire. Le superflu disparaît, et l’essentiel devient accessible.

J’ai toujours aimé, aussi, travailler de nuit. Je trouve que les sourires, les gestes, les choses gagnent en intensité et en vie. J’aime traverser la nuit, en savourer chaque heure, et atteindre fatiguée mais heureuse du travail accompli les premières lueurs du jour, où les autres commencent à s’éveiller alors que je rentre chez moi.

C’est je crois de manière assez logique que j’aime aussi voyager la nuit. J’aime, en train, en bus, en taxi traverser les campagnes et les villes endormies, le visage collé à la vitre, j’aime deviner de-ci, de-là une lumière et m’inventer des histoires… J’aime m’endormir au gré du ballottement d’un train, et me réveiller au petit matin complètement ailleurs.

Arrivée à Jaipur, mai 2012

J’aime voyager la nuit, et j’aime découvrir les villes une fois le soleil couché. Peut-être d’ailleurs devrais-je écrire redécouvrir… Certaines se parent alors de leurs plus beaux habits de lumière, alors que d’autres s’adoucissent et se tamisent. A quelques heures près, c’est souvent un aspect totalement différent de la ville qui s’offre alors. Je repense aux ruelles de Venise, de Sienne, une fois la foule partie… Dans le silence de la nuit, c’est comme si la ville nous appartenait plus, comme si elle nous permettait une plus grande proximité avec elle.

Singapour, mai 2012

Cérémonie des lumières à Vârânasi, mai 2012

Premières lueurs de l’aube, quelque part dans les Cyclades, septembre 2013

Ruelle toscane, novembre 2014

Et vous, que vous inspire la nuit ?

Ce bruit vague Qui s’endort C’est la vague Sur le bord ; C’est la plainte Presque éteinte, D’une sainte Pour un mort.

On doute  La nuit…  J’écoute :  Tout fuit,  Tout passe  L’espace  Efface  Le bruit.

Victor Hugo, Les Djinns

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